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  • : Les vendredis chez Marie sont nés à Puteaux. Ils invitent autour d'un thème, chaque mois, un vendredi, chez Marie, à débattre de manière informelle, dans un cadre privé. Les vendredis chez Marie se proposent d'aborder tous les sujets sans réserve.
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Dimanche 8 janvier 2012 7 08 /01 /Jan /2012 20:11


LES GRACQUES : QUI SONT-ILS ?

Les Gracques sont une association lancée par des personnalités engagées à gauche, anciens membres de cabinets des différents gouvernement de gauche ou acteurs de la société civile, enseignants, intellectuels, médecins, avocats, cadres, étudiants…

Ils veulent contribuer comme « groupe de réflexion et de pression » à la  modernisation intellectuelle de la gauche en France, comme cela a été réussi ailleurs en Europe. Leur manifeste sur les valeurs d’une gauche moderne, traduit en trois langues, publié notamment par Le Monde et le Corriere della Serra, est devenu l’un des textes de référence de la gauche européenne

Le Manifeste des Gracques pour une Gauche moderne

UNE SOCIETE PLUS JUSTE

La gauche est la force de ceux qui sont sans force, la voix de ceux qui sont sans voix.

Elle l’est à l’échelle des nations, en prônant, au nom de ses valeurs universelles, un ordre mondial fondé sur la paix, le droit et le développement.

Elle l’est à l’échelle de chaque société, en se battant contre la fatalité qui enfermerait les plus démunis dans leur destin social. Elle lutte pour que les cartes soient sans cesse rebattues, que l’égalité des chances progresse, que la redistribution sous différentes formes corrige les inégalités de situation. En défendant d’abord les exclus, les ouvriers, les employés, les classes moyennes, elle fait avancer l’intérêt de tous : une société plus juste est aussi une société plus heureuse, plus dynamique et plus sûre.

La gauche refuse le déterminisme de la naissance, la fatalité de l’exclusion et l’immobilisme de la résignation. Elle se bat pour créer plus de richesses, économiques, sociales, culturelles. Elle se bat pour que ces richesses soient toujours mieux partagées entre les individus, entre les classes sociales, entre les générations. Elle sait que la justice n’est pas seulement ici et maintenant. Elle s’attache au long terme, à l’exigence de créer un monde meilleur pour ceux qui suivront. Voilà pourquoi elle considère la révolution environnementale comme une dimension essentielle de sa vision du monde. Elle croit dans le progrès.

Comme toutes les gauches du monde, la notre est comptable de cet espoir de justice. Mais elle ne parvient pas à le porter dans la durée. Elle n’a jamais gagné deux élections générales consécutives, comme si elle était vouée à décevoir. Les classes populaires se détournent d’elle, comme si elle était un luxe pour ceux qui ont le temps du rêve. Pourtant, la France a besoin d’une gauche qui ait l’envie de gagner, et la capacité, une fois au pouvoir, de changer la vie.

UNE POLITIQUE PLUS VRAIE

Poursuivre à toute force l’idéal de justice sociale ne signifie nullement qu’il faille refuser le réel, se mentir à soi-même et camper sur des postures qui menacent de devenir des impostures.

Par exemple, il ne suffit pas de dire que l’on accepte le marché – comment d’ailleurs pourrait-on faire autrement ? – si on le fait de manière résignée, honteuse et du même coup inefficace. La gauche doit dire clairement que l’économie de marché est une bonne chose même si les valeurs marchandes ne doivent pas tout envahir. Elle doit en comprendre la dynamique positive, celle qui permet de créer des richesses collectives et individuelles et de servir finalement la justice sociale. Il n’y a pas de contradiction entre l’économie de marché et les exigences de la redistribution. La justice sociale, c’est d’abord le refus des castes protégées et de la société des héritiers. Et c’est cela que permet la dynamique du marché, parce que, bien régulé, il est le moyen de remettre en cause les situations acquises, les privilèges et les rentes. La gauche moderne veut mettre de la redistribution partout où il y a du marché, et du marché régulé partout où il y a des rentes.

De même, il faut cesser de voir dans l’entreprise un ennemi. La gauche doit être favorable aux entrepreneurs. Elle doit reconnaître l’entreprise comme source de richesses et aussi d’intégration sociale. Le goût du risque est facteur d’innovation et de croissance. Il faut le laisser se déployer pleinement pour créer la dynamique économique dont toute la société a besoin.

Il faut aussi arrêter de se mentir sur le développement des échanges internationaux. La gauche doit dire haut et fort que la mondialisation est un progrès. C’est l’ouverture des échanges qui tire pour une large part la croissance mondiale. C’est elle qui a permis à des centaines de millions d’hommes et de femmes des pays en développement de sortir d’une misère honteuse pour l’humanité. La gauche moderne est hostile au discours démagogique du patriotisme économique, et à toutes les formes de protectionnisme, lequel n’a apporté au mieux que le déclin, et au pire la guerre. Elle encourage la libre circulation des biens, des capitaux, des services et des personnes. Elle croit, en revanche, à la gouvernance des échanges mondiaux, pour garantir un jeu loyal de tous les acteurs, et la réciprocité des ouvertures. Elle milite aussi pour les stratégies fortes d’accompagnement que la mondialisation rend nécessaire dans certains secteurs de notre économie ou sur certains territoires de notre pays, afin d’empêcher que les travailleurs ne fassent les frais de cette transformation.

Enfin, la gauche doit dire que l’Etat n’est pas tout et que la société civile a un rôle essentiel à jouer dans la dynamique de progrès. Elle pense qu’une bonne société est une société dans laquelle les corps intermédiaires – associations, syndicats, collectivités locales – participent activement à la régulation. Elle considère, par exemple, qu’une révolution est nécessaire dans notre démocratie sociale pour produire des syndicats forts et majoritaires, et conférer à la négociation entre partenaires sociaux le pouvoir de créer l’essentiel du droit social, aujourd’hui accaparé par l’Etat. De même, la gauche moderne est décentralisatrice, mais une décentralisation qui s’accompagne d’une simplification des échelons de collectivités, d’un frein aux dépenses publiques locales et d’une fiscalité cohérente des territoires.

Pour se rénover, la gauche doit changer de méthode, modifier profondément son mode de pensée, ses modèles, ses méthodes d’action, sa conception de l’Etat, son rapport avec les citoyens. La gauche traditionnelle règlementait, nationalisait, taxait et dépensait. Ces leviers ne répondent plus. Pour combattre les nouvelles formes d’inégalité, de pauvreté, d’exclusion, de discrimination, de ségrégation, pour créer la mobilité sociale qui doit être l’objectif de la gauche car sans elle il n’est pas de justice, bref pour renouer avec le progrès, il faut d’autres méthodes.

Il faut récuser le « conservatisme de gauche » qui trahit finalement les intérêts des travailleurs parce qu’il est incapable de faire marcher la machine à fabriquer conjointement de la croissance économique et du progrès social. Mais il faut aussi démasquer le « modernisme de droite », qui propose de tout faire marcher à l’envers, y compris la redistribution ; de préparer l’avenir de nos enfants en accroissant le déficit ; de relancer l’économie par la consommation de ceux qui n’ont besoin de rien parce qu’ils ont déjà tout ; et de revaloriser le travail en détaxant l’héritage.

Sur la base de ces choix fondamentaux, la gauche de son temps doit affirmer ses valeurs, celles de la modernisation au service de la justice.

15 VALEURS POUR AGIR

1- La gauche moderne est démocrate, dans la tradition qui va de Rousseau au mouvement anti-totalitaire. Elle croit dans le pouvoir du Peuple, par le Peuple, pour le Peuple. Il y a encore beaucoup à faire pour que notre pays excelle de ce point de vue, par exemple en matière de juste représentation des courants d’opinion dans le législatif, des travailleurs dans l’entreprise, ou des consommateurs dans les services publics. Le pouvoir du Peuple, ce n’est pas le pouvoir aux populistes. A ceux qui croient que l’on gagne en simplifiant les enjeux, en réveillant les instincts et en enflammant les passions, nous répondons que le Peuple comprend la complexité du réel. Aucune réalité n’est indicible, et seule la vérité fait durer.

 

2- La gauche moderne est libérale, dans la tradition de Montesquieu ou de Spinoza. Elle refuse d’abandonner à la droite ce beau mot né à gauche. Elle croit à la légitimité de l’Etat de Droit, à l’efficacité des initiatives venues de la société civile et à la nécessité des contre-pouvoirs. Elle respecte les droits individuels. Elle estime que de nouvelles libertés sont encore à conquérir sur l’ignorance et l’oppression, pour les minorités et pour les femmes, et que beaucoup reste à faire pour établir véritablement l’Etat impartial

3- La gauche moderne est intégratrice. Elle croit en la liberté de conscience et d’opinion dans une société multiculturelle. Elle entend en même temps que soit garantie la neutralité laïque de l’espace public. La bonne intégration des communautés d’origine étrangère dans la société française ne justifie aucune exception à ce principe. En revanche, elle exige la mise en place, d’une politique «d’action affirmative » en leur faveur, aussi longtemps que nécessaire, dont la discrimination positive devra être une des facettes.

4- La gauche moderne est travailliste. Elle pense que le travail reste une valeur fondamentale pour l’intégration dans nos sociétés, comme en témoigne le sort funeste de ceux qui n’en ont pas. Elle croit que sa mission est de valoriser le travail et les travailleurs, ouvriers, employés, cadres, et de permettre l’accès de tous à un emploi. Elle sait qu’une économie dynamique n’est pas une économie qui ne détruit pas d’emplois mais une économie qui en crée davantage encore qu’elle n’en supprime. La priorité de la gauche n’est pas de défendre chaque emploi, mais de sécuriser chaque travailleur en lui permettant d’accéder à un emploi, d’en changer s’il le veut, et de ne pas avoir à redouter d’en changer s’il le doit. Elle est aussi de développer les possibilités de progression professionnelle. Elle est enfin de lutter contre les nouvelles souffrances au travail générées par le monde moderne.

5- La gauche moderne est régulatrice. Elle croit au rôle régulateur de la puissance publique et à sa mission de correction des inégalités sociales. Elle pense qu’il faut revoir le fonctionnement et les interventions d’un Etat menacé d’impuissance, et qui compromet, par ses déficits et sa dette, l’avenir de nos enfants. L’argent public est un bien rare et il le restera. Il doit être affecté aux priorités de la croissance et de la justice sociale, pas à la reconduction de l’existant ou à la satisfaction d’intérêts catégoriels. La gauche moderne croit qu’une réforme en profondeur de l’organisation de l’Etat, fondée sur l’autonomie de décision, la mobilité des personnels et leur responsabilisation, est la condition impérative d’une meilleure efficacité de la dépense publique et d’une plus grande satisfaction des consommateurs et des producteurs de services collectifs. Elle entend appliquer cette démarche à toutes les collectivités qui concourent à la mise en œuvre des politiques publiques. Elle pense enfin que de nombreuses missions de service public peuvent être exercées dans un cadre privé sous contrôle public.

6- La gauche moderne est redistributrice. Elle ne croit pas que l’accumulation de la richesse par quelques-uns est la condition nécessaire du progrès de tous. Au contraire, elle pense que le combat continu pour l’égalité est socialement juste et économiquement efficace. L’égalité des chances d’abord, à travers la lutte contre la reproduction sociale à l’école. La correction des inégalités ensuite, en matière de revenu mais aussi d’accès à l’emploi, au logement, au transport, à la santé…La gauche moderne pense que ce combat ne passe pas par la hausse des impôts, mais exige de mieux redistribuer la dépense publique : c'est-à-dire de faire payer plus aux riches les services offerts à l’ensemble de la population et d’offrir davantage de service public aux populations qui en ont le plus besoin. Le service public ne doit jamais faire financer par le peuple les besoins des privilégiés; il doit être abondant pour les pauvres et productif pour tous. La gauche moderne est favorable à un impôt élevé sur les successions des foyers riches, l’égalité des chances passant nécessairement par la remise en jeu, au moins une fois par génération, des patrimoines acquis.

7-  La gauche moderne est progressiste. Elle croit que le progrès scientifique et l’innovation technologique sont toujours facteur de bien-être pour le plus grand nombre, et parfois l’occasion de remettre en cause des rentes héritées du passé. Elle croit que la compétitivité de notre économie et la capacité à générer durablement le plein emploi dépendent toujours du choix de l’innovation et de l’adaptation plutôt que de la préservation du monde d’hier. Elle pense que l’un des enjeux du combat pour l’égalité est de permettre à tous d’entrer de plein pied dans la société de la connaissance. Elle fait confiance aux chercheurs et aux scientifiques pour produire du savoir sur ce qui nuit à la santé et des avancées sur ce qui la sert. Elle veut que chacun puisse accéder aux progrès thérapeutiques comme aux soins courants.

8- La gauche moderne est le parti de l’éducation. Elle veut à la fois l’excellence académique et la démocratisation de l’accès aux connaissances. Elle refuse d’avoir à choisir entre une éducation de masse médiocre ou une éducation de haute tenue mais réservée à l’élite. La clé de voute du progrès social est dans un système éducatif de masse qui démocratise l’excellence, promeut l’accès de tous à la culture, et lutte contre la reproduction des inégalités sociales en préparant les étudiants à un marché de l’emploi exigeant et mobile. C’est à l’école d’abord, dans l’accès à la formation continue ensuite, que se rebattent les cartes du destin social. La gauche moderne milite pour la recherche de l’efficacité maximale du système éducatif et de formation, au service du combat pour l’égalité des chances.

9- La gauche moderne est pour le droit à la sûreté, qu’elle reconnaît comme un élément essentiel du contrat social. Dure contre les criminels, mais aussi dure contre les causes du crime, la gauche moderne devra s’atteler à une réforme profonde de la justice, de la police et des prisons, dont la fonction éminente de réparer la confiance collective et le tissu social mérite qu’elles soient mises à l’abri des pressions politiques ou d’une gestion médiatique. Elle veut que les Français se sentent en confiance avec la justice de leur pays, en matière civile, commerciale ou pénale.

10- La gauche moderne est écologiste. Elle veut redéfinir durablement les relations de l'homme avec la nature. Notre génération doit dépasser la simple prise de conscience des enjeux. Elle doit agir pour défendre aussi bien notre environnement immédiat et quotidien que le droit de tous les hommes aux biens essentiels que sont la qualité de l'air et l’accès à l'eau. La gauche moderne croit que le développement des sciences et des technologies sera aussi le développement de solutions innovantes au service de l’environnement. Elle soutient une action spécifique orientée vers les puissances économiques émergentes, pour qu'elles intègrent l'environnement dans leur modèle de croissance. Elle croit dans la mise en place de régulations internationales et d’une organisation mondiale de l'environnement.

11- La gauche moderne est européenne. Parce que l’Europe est le moyen de dépasser, à l’échelle du vieux continent, les égoïsmes nationaux. Et pour qu’au sein du concert des nations, une voix s’élève en faveur d’un nouvel ordre mondial de solidarité et de droit. La gauche moderne veut une Europe dont la vie démocratique permette de s’en sentir citoyen, comme on l’est de son pays. Elle veut une Europe qui agisse pour son avenir et pour la paix.

12- La gauche moderne est internationaliste. Elle croit en l’accomplissement collectif d’un Etat de Droit à l’échelle des Nations, et à l’utilité d’organisations internationales puissantes. Elle entend accomplir le vieux rêve d’un nouvel ordre international fondé sur la paix, le droit et le développement. Elle pense que le devoir d’ingérence participe du progrès des civilisations. Elle sait aussi que seule des actions globales sont de nature à répondre efficacement aux effets de la croissance sur le climat, aux migrations de masse, aux conflits régionaux, au terrorisme, à la criminalité internationale, et croit que ces actions sont possibles et doivent être entreprises sans tarder.

13- La gauche moderne est morale. Elle croit en la nécessité de l’exemplarité des classes dirigeantes tant dans le secteur privé que dans la conduite des affaires publiques. Les élites ne peuvent légitimement défendre la mobilité, l’adaptation, la fluidité et bénéficier en même temps de privilèges d’emploi ou de statut d’un autre âge. Elle est ainsi favorable à une certaine sobriété dans le train de vie de l’Etat et des hommes publics, au non-cumul des mandats, à la limitation de la durée des fonctions électives, et à l’extinction des protections d’emploi dont bénéficie la haute fonction publique. Mais elle souhaite aussi l’exemplarité de comportement, ainsi que la transparence et la réglementation des rémunérations et avantages des responsables d’entreprise. On ne fait pas de projet politique avec de la morale, mais on n’en fait pas davantage sans.

14- La gauche moderne est réaliste. Elle croit en la pédagogie du changement, dans le long travail d’explication, soumis à l’exigence de rigueur et de vérité, qui permet finalement d’entraîner l’adhésion. Elle entend assurer un contrat entre les générations, qui protège les jeunes au lieu de les spolier et les encourage au lieu de les freiner.

15- La gauche moderne est transformatrice. Elle veut changer la vie en abolissant l’inacceptable à chaque fois qu’il est évitable. Elle refuse les fausses fatalités. Elle veut porter l’espoir sans semer l’illusion. Elle veut comprendre le réel et le regarder en face, pour mieux agir sur lui et aller vers l’idéal.

Liberté, égalité, fraternité : il y a un pacte séculaire entre l’exemplarité de la France et le progrès du monde, et c’est à la gauche qu’il est revenu de le nouer. Reprenons l’initiative pour défendre une société ouverte, conforme à notre idéal de justice et de progrès

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Mardi 7 juin 2011 2 07 /06 /Juin /2011 20:55

Osez le féminisme et La Barbe ont lancé samedi 21 mai dernier un appel intitulé "Sexisme : ils se lâchent, les femmes trinquent!"

Depuis une semaine, nous sommes abasourdies par le déferlement quotidien de propos misogynes tenus par des personnalités publiques, largement relayés sur nos écrans, postes de radios, lieux de travail comme sur les réseaux sociaux. Nous avons eu droit à un florilège de remarques sexistes, du « il n’y a pas mort d’homme » au « troussage de domestique » en passant par « c’est un tort d’aimer les femmes ? » ou les commentaires établissant un lien entre l’apparence physique des femmes, leur tenue vestimentaire et le comportement des hommes qu’elles croisent.

Nous sommes en colère, révoltées et révoltés, indignées et indignés.

Nous ne savons pas ce qui s’est passé à New York samedi dernier mais nous savons ce qui se passe en France depuis une semaine. Nous assistons à une fulgurante remontée à la surface de réflexes sexistes et réactionnaires, si prompts à surgir chez une partie des élites françaises.

Ces propos illustrent l’impunité qui règne dans notre pays quant à l’expression publique d’un sexisme décomplexé. Autant de tolérance ne serait acceptée dans nul autre cas de discrimination.

Ces propos tendent à minimiser la gravité du viol, tendent à en faire une situation aux frontières floues, plus ou moins acceptable, une sorte de dérapage. Ils envoient un message simple aux victimes présentes et futures : « ne portez pas plainte ». Nous le rappelons : le viol et la tentative de viol sont des crimes.

Ces propos prouvent à quel point la réalité des violences faites aux femmes est méconnue. De la part d’élites qui prétendent diriger notre société, c’est particulièrement inquiétant. 75 000 femmes sont violées chaque année dans notre pays, de toutes catégories sociales, de tous âges. Leur seul point commun est d’être des femmes. Le seul point commun des agresseurs, c’est d’être des hommes.

Enfin, ces propos font apparaître une confusion intolérable entre liberté sexuelle et violence faite aux femmes. Les actes violents, viol, tentative de viol, harcèlement sont la marque d’une volonté de domination des hommes sur le corps des femmes. Faire ce parallèle est dangereux et malhonnête : ils ouvrent la voie aux partisans d’un retour à l’ordre moral qui freine l’émancipation des femmes et des hommes.

Les personnalités publiques qui véhiculent des stéréotypes qu’on croyait d’un autre siècle insultent toutes les femmes ainsi que toutes celles et ceux qui tiennent à la dignité humaine et luttent au quotidien pour faire avancer l’égalité femmes – hommes.

SIGNEZ L'APPEL !

Publié dans : Bibliographie-notes
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Lundi 6 juin 2011 1 06 /06 /Juin /2011 20:17

SEXE ET POUVOIR :

 

 

Ce thème sera l'occasion de parler de la place occupée aujourd'hui par les femmes dans la société, des acquis obtenus ces dernières années et de ce qu'il reste à faire pour que s'instaure une réelle égalité homme-femme dans la sphère privée comme dans la sphère publique. Cela passe par le comportement et les discours des hommes vis à vis des femmes, la façon dont les femmes se perçoivent et perçoivent les hommes....

 

Ce thème choisi à l'issue du dernier Vendredi chez Marie a rencontré depuis une nouvelle actualité : toutefois, l'objectif est de dépasser l'actualité pour analyser entre autres les mécanismes du "sexisme ordinaire", de réfléchir ensemble à ce qui doit nous faire réagir ou non, à ce qui doit être dénoncé (tout comme l'on dénonce les discours racistes ou homophobes), à ce qui peut être toléré...

 

 

 

Publié dans : Echos des vendredis chez Marie
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Lundi 6 juin 2011 1 06 /06 /Juin /2011 20:14

Cécile Duflot : démonstration du sexisme ordinaire

Site : Olympe et le plafond de verre (06/01/2010) – 1. de l’interview…

 

Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts a été interviewée par Jean-Pierre Elkabbach. Interview qui a fait un peu de bruit surtout parce qu'il y a été question de ses vacances aux Maldives. Elle a été beaucoup critiquée pour cet interview, c'est évidemment le jeu politique et certains sont bien contents de pouvoir taper sur une concurrente.

 

Pourtant il est des façons de faire qui ne sont utilisées qu'avec les femmes.

 

- d'emblée au lieu du ton professionnel et sérieux qu'il utilise avec Brice Hortefeux (interviewvé précédemment), il lui parle sur un ton de connivence moqueur , il est faussement compatissant en lui demandant si la réaction des internautes ne l'a pas affectée (parce qu'une femme ça s'affecte facilement c'est bien connu), et très condescendant de façon générale.

- il l'interroge longuement sur sa vie privée. Admettons que la question des vacances aux Maldives soit politique, mais il en rajoute sur son voyage à Copenhague et il va jusqu'à lui parler du nombre d'enfants qu'elle a eu. Depuis quand pose-t-on cette question aux personnalités politiques ?

 

- il lui pose cette question incroyable "vous vous imaginez Présidente de la région Ile de France ?", ben oui Coco elle s'imagine ! sinon elle ferait autre chose. Mais ce genre de question insidieuse est tout à fait propre à jeter le doute chez les auditeurs, ce que Brigitte Grésy* appelle de "la déligitimation subtile"* il n'est pas question de savoir si le programme d'Europe Ecologie leur parait le meilleur, il est question de douter de l'envergure de la personne pourtant choisie par son parti donc légitime .

 

- il lui demande pourquoi elle est sévère ou méchante avec le PS. Parce que c'est bien connu les femmes politiques sont méchantes. Les hommes eux sont durs ou féroces et solides dans l'adversité.

 

- et pour finir, dès que la conversation aborde un sujet de fond : la taxe carbone, il lui coupe la parole à plusieurs reprises ce qui fait qu'on a bien du mal à comprendre sa position.

 

et la jeune femme fait ce que font souvent les femmes et c'est dans ce cas une erreur : elle se justifie.

 

Elle se laisse piéger par les questions privées et en rajoute même : des vacances dont elle rêvait, une surprise de son amoureux etc..elle prend la peine de réexpliquer en détail comment elle s'est rendu à Copenhague.

 

Une fois n'est pas coutume mais je ne suis pas loin de penser comme Aimée Joubert et ce macho de Marc Cohen que" la seule réponse digne aurait été de demander à son intervieweur si lui-même passait toutes ses vacances dans le Pas-de-Calais et quelle était la couleur de son slip."

 

Résultat : les vraies questions, Copenhague, la taxe carbone, le projet pour la région Ile de France sont passés à la trappe.

 

 

2. des réactions sur le web et sur twitter

 

Après ça, il se trouve des journalistes pour s'engouffrer dans la brèche. Le pire se trouvant, comme c'est souvent le cas, sur Le Post.

 

Un billet de Bruno Roger-Petit d'un machisme primaire qui a un peu buzzé.

 

Le titre déjà :  "Cécile Duflot : quand Zézette épouse X veut présider la région Ile de France".

 

Passons sur le Zézette en admettant que les hommes aussi ont droit à des diminutifs peu valorisants. Le épouse X me fait évidemment bondir, moi qui ait fait un billet il y a quelques jours sur mes difficultés à me débarrasser de ce nom d'épouse qui n'est pas le mien. Indécent qu'en 2010 on puisse oser une telle déligitimation d'une candidature féminine.

 

Et les conclusions de l'article la rabaisse avec des arguments classiquement utilisés pour rabaisser les femmes.

 

- "Elle affiche un niveau de culture générale semblable à celui de Félix" (toujours le doute sur la compétence et les capacités intellectuelle des femmes alors que Cécile Duflot est diplomée de l'ESSEC et titulaire d'un DEA de Géographie).

 

- Elle "ambitionne des congés payés pour secrétaire de direction inculte sur une plage de rêve comme Thérèse",  secrétaire de direction ! une place qui pour BRP convient certainement mieux aux femmes

 

- elle "arbore la même permanente troublée que Katia", parce que comme le dit Brigitte Grésy les femmes au lieu de les écouter on les regarde.

 

Alors quand je constate que cet article a pas mal circulé sur twitter sans que personne relève ce qu'il avait de scandaleusement sexiste, je me dis qu'on n' est pas au bout de nos peines.

 

Olympe.

 

* Brigitte Gresy . Petit traité contre le sexisme ordinaire.

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Lundi 6 juin 2011 1 06 /06 /Juin /2011 20:07

 

Les informulés d’une rhétorique sexiste

> Souligner la respectabilité de laccusé, limportance du personnage, létendue de son pouvoir, ses innombrables qualités, et lui chercher toutes les excuses possibles ; entourer la plaignante dun soupçon systématique, laccabler de reproches, lui prêter des intentions machiavéliques.  Dès linculpation du directeur du Fonds monétaire international (FMI) Dominique Strauss-Kahn pour agression sexuelle sur une femme de chambre du Sofitel de New York, on a vu ressurgir, en France, les réflexes et les grilles de lecture archaïques qui dominent invariablement dans ce genre de mises en cause. « Nous ne savons pas ce qui sest passé à New York samedi 14 mai, mais nous savons ce qui se passe en France depuis une semaine », dit la pétition lancée le 21 mai par les associations Osez le féminisme, La Barbe et Paroles de femmes (1).

> Comme lors de larrestation en Suisse, à lautomne 2009, du cinéaste Roman Polanski, recherché par la justice américaine pour le viol dune adolescente en 1977, un paramètre semble se dérober avec une remarquable constance à lentendement des commentateurs : celui du consentement féminin. On entend parler, à nouveau, d« affaire de mœurs ». Lépouse de M. Strauss-Kahn, Mme Anne Sinclair, est assimilée à une « femme trompée » (France-Soir, 19 mai 2011). Le thème du « puritanisme américain » (2), quoique résolument hors sujet sagissant dune accusation de viol, fait son grand retour : « Lhomme de Washington est rattrapé au sein même du FMI par cette fameuse culture anglo-saxonne  quen France on tient parfois pour de la pudibonderie », analyse Le Nouvel Observateur (18 mai). Le député socialiste Jean-Marie Le Guen met en garde contre toute contamination : il invoque « lesprit des Lumières et lexemple des libertins » qui ont « lié étroitement la liberté politique, économique et celles de mœurs, ce qui a permis la paix et lémancipation des individus » (Le Monde, 21 mai).

> Si la question du consentement nétait pas ainsi éludée, le débat fleuve dans lequel se sont lancés les médias sur le thème : « fallait-il évoquer les rumeurs qui circulaient ? » aurait été tranché assez vite, ou naurait même pas été entamé. Il a donné aux journalistes loccasion de réitérer toute lhorreur que leur inspire lidée de tomber dans la « presse de caniveau » en évoquant la « vie privée » ou les « infidélités » des hommes politiques. Nicolas Demorand offre sa poitrine aux flèches de la persécution (18 mai 2011) : « Quitte à ramer à contre-courant de lépoque et contrairement aux injonctions entendues ici et là, Libération continuera, premier principe, à respecter la vie privée des hommes et des femmes politiques. » Le Canard Enchaîné clame le même jour que, pour lui, « linformation sarrête toujours à la porte de la chambre à coucher ».

> Or, dans le cas de M. Strauss-Kahn, les rumeurs névoquaient pas simplement un « séducteur », même « compulsif », mais un homme « lourd » (3) ou « insistant », cest-à-dire incapable dentendre un refus et den prendre acte. Cette attitude créait autour de lui un climat qui débordait largement le cadre de sa « vie privée ». Des journalistes de sexe féminin redoutaient ou refusaient daller linterviewer. Au FMI, « la consigne était de ne jamais le laisser seul avec une femme dans un bureau » (Le Nouvel Observateur, 19 mai). Certaines de ses consoeurs en politique devaient elles aussi veiller, comme en a témoigné Mme Aurélie Flippent, à « ne pas se retrouver seules avec lui dans un endroit fermé ». Mais, face au « droit à la vie privée » des hommes politiques, que vaut le droit des femmes à évoluer dans un environnement où elles ne sont pas réduites au statut dobjet sexuel dépourvu de libre arbitre ?

> « Est-ce quune journaliste qui, par exemple, interviewant DSK et layant trouvé un peu lourd dans sa façon de tenter sa chance, aurait dû dire à ses lecteurs : DSK ma draguée ? Poser la question dans un pays latin, cest y répondre. Non, bien sûr », décrète léditorialiste de France Inter Thomas Legrand, le 18 mai. Il est seulement regrettable que le charme latin passe si mal les frontières. Et que certaines femelles autochtones elles-mêmes y demeurent insensibles. En 2000, la journaliste du Monde Sylvie Kerviel avait jugé digne dintérêt de raconter le déroulement de son entretien avec Bruno Gaccio, lun des auteurs des « Guignols de linfo » de Canal + : « Il pose son index juste entre mes seins et me dit : « Je peux tapprendre des positions que tu ne connais pas (4). » Car, dans son infini raffinement, le French lover est volontiers contorsionniste.

Un corps féminin est un objet public

> Dans le cas Polanski, Alain Finkielkraut avait souligné  sur France Inter, le 9 octobre 2009  que la victime « nétait pas une fillette, une petite fille, une enfant, au moment des faits », comme si une jeune fille pubère ou une femme adulte ne pouvait pas faire lobjet dun viol. Sentendant rappeler lâge de la plaignante (13 ans), le cinéaste Costa-Gavras, pour sa part, avait eu ce cri du coeur : « Mais elle en fait 25 (5) ! » Lindifférence à la réciprocité du désir traduit la conviction généralisée quune femme, avant dêtre un individu doté dune subjectivité, est un corps offert aux regards, aux jugements esthétiques, à la convoitise : pour elle, pas de « droit à la vie privée ». Laccusatrice de M. Strauss-Kahn est ainsi ramenée au cliché érotique dépersonnalisant de la « soubrette ». Lancien journaliste Jean-François Kahn sest illustré en parlant de « troussage de domestique » (France Culture, 16 mai).

> On attend la photo de la plaignante avec fébrilité : RMC (16 mai) croit savoir que les avocats de laccusé « auraient été surpris, lors de la comparution, de voir arriver une jeune femme très peu séduisante », tandis que Le Parisien du même jour rapporte quelle a « de gros seins et de jolies fesses », lune et lautre hypothèses étant susceptibles de la décrédibiliser. On retrouve cette distinction sexiste entre les femmes « baisables » et les autres  qui nauraient pas lhonneur déveiller les instincts du prédateur  dans le billet fameux de lhumoriste Stéphane Guillon sur M. Strauss-Kahn, en février 2009 sur France Inter (6), ou encore dans un sketch des « Guignols de linfo » sur laffaire de New York (16 mai).

> Dès lors quun corps féminin est par définition un objet public, existant avant tout pour autrui, la gravité dun viol, linfraction quil représente, ont du mal à simposer dans les esprits. Dautant plus lorsque la victime exerce un métier lié à ce statut féminin (mannequin, prostituée) : Finkielkraut avait insisté sur le fait que la jeune fille dont Polanski avait abusé était « une adolescente qui posait dénudée pour Vogue Homme », comme si cela changeait quelque chose. Dans laffaire Strauss-Kahn, lancien ministre de la culture socialiste Jack Lang a choqué en estimant quil n’y avait « pas mort dhomme » (France 2, 16 mai). Pour entendre parler de « droit de cuissage » dans un éditorial, il faut lire Le Quotidien dOran (7).

> Dans un curieux renversement des rôles, les agresseurs, avérés ou présumés, sont présentés comme de petites choses sans défense à qui on a tendu un traquenard. Polanski avait été « pris au piège » lors de son arrestation en Suisse, selon le ministre de la culture Frédéric Mitterrand (communiqué du 27 septembre 2009). Le Nouvel Observateur (1er octobre 2009), sous le titre « Qui en veut à Roman Polanski ? », résumait ainsi les faits : « La mère, une actrice en mal de rôles, a laissé volontairement sa fille seule avec Polanski, pour une série de photos. Le cinéaste, qui a la réputation daimer les jeunes filles, ne résiste pas. » Costa-Gavras dépeignait le milieu corrupteur dans lequel le pauvre homme était plongé : « A Hollywood, les metteurs en scène, les producteurs sont entourés de très beaux jeunes hommes, de très belles jeunes femmes, qui sont grands, blonds, bien bronzés, et prêts à tout. » On en frémit pour eux. De même, Mme Christine Boutin, ancienne ministre du logement, pense qu« on a tendu un piège à Dominique Strauss-Kahn et quil y est tombé ».

Empathie à géométrie variable

> Spontanément, cest à laccusé que lon sidentifie. Durant la courte détention de M. Strauss-Kahn au pénitencier de Rikers Island, le mensuel Capital explique sur son site la procédure à suivre pour lui faire un don et laider ainsi à « cantiner » (8). On scrute sa psychologie, discutant lhypothèse dun « acte manqué ». Le psychanalyste Serge Hefez, dans Le Monde (19 mai), identifie chez lui une « ambivalence fondamentale entre la volonté de construire, daimer, de devenir et celle plus sournoise de renouer avec le pulsionnel, linfantile, linanimé ». A linverse, la psychologie de la plaignante, et avec elle celle de toutes les victimes de harcèlement ou de violences, est traitée avec une totale désinvolture. On soupçonne Mme Nafissatou Diallo de rechercher la notoriété, comme sil y avait quoi que ce soit denviable dans son sort, alors que les avocats de celui quelle accuse, réputés pour avoir toujours tiré daffaire leurs clients célèbres, sapprêtent à ruiner sa vie pour exhumer chaque détail de son passé susceptible dêtre retenu contre elle.

> Les défenseurs de Polanski, le plus ardent étant, déjà, Bernard-Henri Lévy,  allaient répétant que la victime elle-même demandait labandon des poursuites (Finkielkraut : « la plaignante, qui a retiré sa plainte, qui na jamais voulu de procès public, qui a obtenu réparation »). Or cette demande ne traduisait rien dautre que lépuisement de Mme Samantha Geimer face à ce genre de notoriété, justement. Cela nempêche pas les amis de M. Strauss-Kahn de pratiquer le même genre de ventriloquie avec Mme Piroska Nagy, léconomiste hongroise avec qui il a eu une liaison au FMI : il a été blanchi de laccusation davoir abusé de sa position dans cette affaire, rappellent-ils. Sa subordonnée avait pourtant écrit dans une lettre aux enquêteurs : « Je nétais pas préparée aux avances du directeur général du FMI. Javais le sentiment que jétais perdante si jacceptais, et perdante si je refusais. Je crains que cet homme nait un problème qui, peut-être, le rend peu apte à diriger une organisation où travailleraient des femmes (9). » Un témoignage brut de passion brûlante, comme on voit.

> Personne ne semble avoir entendu parler de la difficulté des victimes dagressions sexuelles à porter plainte, pourtant prise en compte par le législateur à travers le délai de prescription (10). Tristane Banon, la journaliste française qui accuse elle aussi M. Strauss-Kahn davoir tenté de la violer, dit y avoir renoncé pour ne pas « rester à vie celle qui avait eu un problème avec un homme politique », et parce que,  ironie, elle ne voulait pas quon la soupçonne « davoir voulu se faire de la pub » (11). En outre, sa mère len avait dissuadée, les deux familles étant liées. Le Canard Enchaîné ne voit rien de problématique dans les « raisons simples » qui ont motivé sa décision : la « peur du tsunami médiatique » ainsi que « sa grande amitié pour sa marraine, la deuxième épouse de DSK, et pour Camille, la fille de celui quelle accuse de lavoir agressée ». Pour lhebdomadaire, « la victime concernée et sa famille réclamaient le silence, au nom du respect de la vie privée. Tout était dit ! ». Les victimes nosent pas demander justice quand lagresseur est un homme puissant et célèbre ou quand il sagit dun membre de leur entourage , cest-à-dire dans 85% des cas (12) , mais tout va bien dans le meilleur des mondes.

> Puisquune femme nest pas censée se formaliser pour si peu, seule la vénalité peut la pousser à aller au procès. Faisant allusion à Tristane Banon, Bernard-Henri Lévy parle de « cette autre jeune femme qui sest tue pendant huit ans mais qui, sentant laubaine, ressort son vieux dossier et vient le vendre sur les plateaux télé (13) ». Un étalage de misogynie qui figure, sur le site de sa revue, sous un bandeau appelant à sauver Mme Sakineh Ashtiani, menacée de lapidation en Iran.

« Sous-judiciarisation » du viol
> au sein des milieux aisés

> La représentation que les défenseurs de M. Strauss-Kahn se font dun violeur est dune touchante ingénuité. Alors quil suffit de sêtre intéressé cinq minutes aux violences sexuelles au cours de sa vie pour savoir quil ny a pas de profil « type », son biographe Michel Taubmann assure quil na « pas les caractéristiques dun violeur » et quon « ne limagine pas en bête sauvage » (Libé.fr, 17 mai). Polanski, sétait auparavant indigné Finkielkraut, nest pas « le violeur de lEssonne ». Or les violeurs, comme les auteurs de violences conjugales (14), appartiennent à toutes les classes sociales ; ils sont seulement moins souvent traduits en justice. Le sociologue Laurent Mucchielli lexplique par deux mécanismes : « Le premier est un phénomène de sous-judiciarisation des faits au sein des milieux aisés qui disposent de relations, de pouvoir, dargent, de bons avocats, de moyens de pression, pour prévenir la divulgation des faits et, le cas échéant, pour se prémunir face à laction de la police et de la justice et tenter de conserver malgré le crime leurs positions et leurs réputations. Le second mécanisme est lattention particulière qui est au contraire portée en permanence aux populations défavorisées par les services médico-sociaux, les services éducatifs, la police et la justice, ce qui conduit à une plus forte détection des faits illicites commis en leur sein (15). »

> On voit ressurgir largument selon lequel un homme puissant et célèbre subirait une « double peine » lorsque la justice ne lui réserve pas un traitement de faveur , manière plus ou moins déguisée de réclamer, précisément, ce traitement de faveur, au nom du statut social de laccusé : Polanski est un « grand artiste » ; M. Strauss-Kahn, sorte de Superman français, sapprêtait à sauver tout à la fois la Grèce et leuro. Lancien ministre de la justice Robert Badinter sétrangle à lidée que le directeur du FMI soit « ravalé délibérément au rang de dealer » (France Inter, 17 mai) : manière de suggérer que la justice, cest pour les pauvres. Chez des personnages dordinaire si prompts à en accuser leurs adversaires politiques, cest un déchaînement de « complotisme » et d« anti-américanisme » (16) : « Jen veux à un système judiciaire que lon appelle pudiquement accusatoire pour dire que nimporte quel quidam peut venir accuser nimporte quel autre de nimporte quel crime », écrit BHL dans son billet. Un scandale, en effet. Sur le site du Nouvel Observateur (17 mai), Jean Daniel en arrive à la conclusion « que le peuple américain et nous nappartenons pas à la même civilisation ». Dans laffaire Polanski, le ministre de la culture Frédéric Mitterrand avait vu une manifestation de « lAmérique qui fait peur ».

> Quant à largument selon lequel M. Strauss-Kahn aurait « beaucoup plus à perdre » quun justiciable ordinaire, il laisse sans voix. Le cinéaste Patric Jean a filmé dans La Raison du plus fort (2003) la façon dont la justice dabattage, en France, broie tous les jours des vies - parfois innocentes - sans que quiconque sen émeuve, et a réalisé en 2009 un documentaire sur le sexisme, La Domination masculine. Il est donc doublement bien placé pour remettre les choses en perspective : « Difficile après cette expérience de sapitoyer sur un homme hautement soupçonné de viol et qui peut encore se payer les meilleurs avocats de la planète (17). »

> Voir aussi larticle de Marie Bénilde dans Le Monde diplomatique de juin 2011, en kiosques le 31 mai.

Mona Chollet

 

 

> (1) « Sexisme : ils se lâchent, les femmes trinquent », Osezlefeminisme.fr, 21 mai 2011.

> (2) Sur ce sujet, cf. Eric Fassin, « Le scandale sexuel fait moins la politique aux Etats-Unis », Le Monde, 16 mai 2011.

> (3) Cf. Natacha Henry, Les mecs lourds ou le paternalisme lubrique, Robert Laffont, Paris, 2003.

> (4) Le Monde, 13 février 2000.

> (5) Europe 1, 28 septembre 2009.

> (6) Guillon avait fait retentir une sirène d’alarme ordonnant l’évacuation du personnel féminin de la station avant l’arrivée de M. Strauss-Kahn dans ses locaux.

> (7) « Le cauchemar de la femme de chambre », repris par Courrier international, 19 mai 2011.

> (8) « Faire un don à DSK dans sa cellule de Rikers Island : mode d’emploi », Capital.fr, 19 mai 2011.

> (9) L’Express, 17 février 2009.

> (10) Dix ans pour les viols, trois pour les agressions sexuelles, vingt ans à partir de la majorité de la victime quand celle-ci était mineure au moment des faits.

> (11) Paris Première, février 2007, et AgoraVox.fr, 18 mai 2011.

> (12) Cf. « Le viol, aspects sociologiques d’un crime », Vous avez dit sécurité ?, 19 mai 2011.

> (13) « Ce que je sais de Dominique Strauss-Kahn », LaRegledujeu.org, 16 mai 2011.

> (14) Lire « Machisme sans frontière (de classes) », Le Monde diplomatique, mai 2005.

> (15) « Le viol, aspects sociologiques d’un crime », op. cit.

> (16) Cf. Julien Salingue, « Affaire DSK : ils ne sont plus “tous américains” », Acrimed, 23 mai 2011.

> (17) « DSK et les hypocrites », Le blog de Patric Jean, 17 mai 2011.

Femmes, Information, Médias, Violence, Droits des femmes


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